Eric Baudelaire est un artiste et cinéaste français né à Salt Lake City en 1973. Ses films Letters to Max (2014), Walked the Way Home (2018), et L'Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi, et 27 années sans images (2011), Also Known As Jihadi (2017) ont été sélectionnés dans différents festivals dont le FIDMarseille, Locarno, Belfort et Rotterdam. Sa pratique artistique, ancrée dans un travail de recherche, comprend également des photographies, des estampes, des sérigraphies et des publications qu'il incorpore à des installations autour de ses films, notamment dans des expositions personnelles à travers le monde.
DVD 1 : L'Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi et 27 années sans images (2011 - 65')
"Qui sont May et Fusako Shigenobu ? Fusako, leader d'un groupuscule d'extrême gauche, l'Armée Rouge japonaise, impliquée dans de nombreuses opérations terroristes, s'est cachée pendant près de trente ans à Beyrouth. May, sa fille, née au Liban, n'a découvert le Japon qu'à 27 ans, après l'arrestation de sa mère en 2000. Masao Adachi ? Scénariste, cinéaste radical et activiste japonais engagé auprès des luttes armées et de la cause palestinienne, reclus lui aussi au Liban avant son renvoi dans son pays. Par ailleurs, initiateur d'une "théorie du paysage", le fukeiron : en filmant le paysage, celui-ci dévoilerait les structures d'oppression qui le fondent et qu'il perpétue. Anabase ? C'est le nom donné depuis Xénophon au retour, difficile voire erratique, vers chez soi.
C'est cette histoire complexe, sombre, toujours en suspens, qu'Éric Baudelaire, artiste réputé pour se servir de la photographie afin d'interroger la mise en scène de la réalité, a choisi d'évoquer en usant du format documentaire. Tournées en Super 8 mm, et comme dans la veine du fukeiron, des vues de Tokyo et de Beyrouth aujourd'hui se mêlent à quelques images d'archives, de télévision, à des extraits de films, pour dérouler le décor sur lequel les voix de May et d'Adachi vont faire remonter leur mémoire. Il y est question de vie quotidienne, d'être une petite fille dans la clandestinité, d'exil, de politique, de cinéma, et de leurs rapports fascinés. Pas une enquête, une anamnèse morcelée." - Jean-Pierre Rehm, FIDMarseille, 2011
Supplément : "The Makes" (2010 - 32'), court métrage de Éric Baudelaire
DVD 2 : Also Known As Jihadi (2017 - 98')
L'histoire possible d'un homme, Aziz, racontée à travers les lieux qu'il a traversés : la clinique où il est né à Vitry, les quartiers où il a grandi, son lycée, l'université, le travail, et puis l'envol pour l'Égypte, la Turquie et finalement la route d'Alep, où il a rejoint le Front al-Nosra, en 2012. Un trajet jalonné par une seconde strate de récit, portée par des extraits d'une archive judiciaire : interrogatoires de police, écoutes téléphoniques, filatures... Des documents, comme les pages d'un scénario, qui se mêlent aux images et aux sons, pour composer un film qui porte moins sur un sujet singulier, Aziz, que sur le paysage architectural, politique, social et judiciaire dans lequel son histoire s'est déroulée.
"Le titre, "Also Known As Jihadi", renvoie directement au film de Masao Adachi, "A.K.A Serial Killer", connu pour la Théorie du paysage qu'il y développe. Cette proposition formelle, Baudelaire l'adapte ici librement avec une structure où alternent plans fixes de paysages et cartons mentionnant les archives judiciaires issues de l'enquête sur un jeune radicalisé. Pour Baudelaire, l'origine du mal est contenue dans l'architecture et dans l'esthétique des lieux, le travail du cinéaste est alors de la rendre visible. À mesure que s'égrènent les plans, que chaque coupe tombe avec la plus rigoureuse exactitude, on est sidéré par cette esthétique du quotidien qui révèle une tragédie contemporaine." - Pascal Catheland, réalisateur, coordinateur éditorial de Tënk
Supplément : "Walked the Way Home" (2018 - 26'), court métrage de Éric Baudelaire